Sélection

Films & Livres

Films


"The Station Agent" de Thomas McCarthy
Avec Peter Dinklage, Patricia Clarkson, Bobby Cannavale



 

Finbar McBride, un nain introverti et solitaire, est passionné par les trains. Au début du film, il travaille dans une boutique qui vend des trains miniatures. Suite à la mort de son patron et ami, il hérite d'une petite gare désaffectée dans le New Jersey. On suit son installation et on comprend vite qu'il souhaite rester dans son coin et n'envisage pas forcément de rencontrer des gens de la région. Mais tous les jours, juste à côté de la gare, un cubain bavard et farçeur du nom de Joe vend des hot-dogs dans la camionnette de son père. La maladie de ce dernier l'inquiète mais il en parle peu. Il aimerait bien que Finbar devienne son ami, comme Olivia, artiste divorçée et troublée par la mort de son enfant, qui vient lui acheter un café tous les matins. Ces trois personnages, qui ont pris l'habitude de souffrir en silence, vont finalement se lier d'amitié, sans vraiment s'en rendre compte et pourtant de manière assez prodonde. Ils vont se parler, rire, partager des petites moments anodins mais inoubliables, se déchirer, se retrouver. Le réalisateur Thomas McCarthy insuffle un rythme lent mais subtil à ce film charmant qui parvient à montrer en pointillé ces petits riens du tout qui peuvent donner ou redonner l'envie de vivre à des êtres blessés. Le scénario évite habilement la mièvrerie et les clichés et laisse la part belle aux acteurs, tous épatants, qui apportent au film et un ton troublant et attachant.//Nico.

 

"21 Grammes" de Alejandro González Inárritu
Avec Sean Penn, Benicio Del Toro, Naomi Watts, Charlotte Gainsbourg

Tout comme "The Station Agent", "21 Grammes" s'attache au portrait de trois personnes dont les destinées se croisent. Mais c'est bien là le seul point commun entre les deux films. En effet "21 Grammes" est un drame et dispose donc d'une intensité bien différente. Les personnages principaux sont Paul, qui attend une transplantation cardiaque, Cristina, ex-junkie mère de deux petites filles et Jack qui depuis son enfance ne cesse de faire des aller-retours en prison et redécouvre soudain la foi. Suite à un accident de voiture, la vie de chacun de ces personnages va radicalement changer et ils vont être amenés à se rencontrer. Sur le papier, ce scénario pourrait laisser craindre un film larmoyant à l'image de tous ces mauvais téléfilms dans lesquels le moindre drame est exploité lourdement sous tous ses aspects et pendant beaucoup trop longtemps. Mais le film d'Inárritu est loin de tout cela. Outre la présence incroyable de Sean Penn, Benicio Del Toro et Naomi Watts, tous excellents et dégageant beaucoup d'émotion, on est également frappé par la finesse et l'originalité du montage. Ce dernier transforme le film en une sorte de grand puzzle qui à de quoi tenir en haleine le spectateur jusqu'au bout. Entre détresse et abandon, les protagonistes sont traversés de sursauts fiévreux qu'on comprend au fur et à mesure et qui contribuent au rythme haletant. On peut reprocher à "21 Grammes" quelques longueurs sur la fin et peut-être l'utilité du rôle de Charlotte Gainsbourg - pourtant bonne actrice - mais au final c'est un film fort et dur qui marque les esprits.//Nico.

 

 

Livres


"Mort au premier tour" de Didier Daeninckx (Folio Policier) 

Ce premier roman, celui qui a fait connaître Daeninckx, est un condensé des caractéristiques de l'auteur, en tout cas en ce qui concerne le volet "roman" : policier en frange des milieux anars, plaisir de la bière de luxe, goût pour les faits divers (la grève, l'amour des femmes de mineurs anglais dans les années 70 est un must du genre), faux étonnement devant les déviances de ce monde et réelle critique visionnaire. Daeninckx, via l'inspecteur Cadin, analyse la société alsacienne des années 70 au travers du meurtre d'Alain Dienta dit l'indien, quatrième inscrit sur une liste municipale écologiste et opposant farouche de la centrale nucléaire EDF locale. Comment redécouvrir que les débats sur le nucléaire, l'écologie, la pédophilie et la déliquescence du monde ont eu lieu avant notre naissance (en tout cas la mienne). Après ça, il ne sert plus à rien de se demander pourquoi la Cogéma et E.D.F. nous abreuvent de pub positive. Ils ont bien compris l'avènement de la pub et des images au travers des années 80. "Ah putain, ils sont forts, ces enculés d'en face". // Sam.

"Coup de Chaud" de Philip Lee Williams (Folio policier)

Harry un vieil alcoolique qui a brûlé toutes ses cartes décide de mener une quête purificatrice, le saint colt à la main. Son fils, quant à lui, ne supporte plus son ivrogne puant de père. Il décide alors de se procurer de l’argent, par n’importe quel moyen, pour s’arracher de ce bourbier qu’est Roctone. Malheureusement, il est pas bien malin. Pas totalement à l’ouest comme son frère Leslie qui se prend pour un aigle mais l’héritage paternel est bien présent dans ses gênes. La petite amie de Snake s’excite follement au contact de ce bel étalon sauvage. Mais ce qu’elle veut, elle, c’est vivre aussi vite que son accélérateur le lui permet : de la tuerie, du sexe, du cuir, tout ça aspergé d’un bourbon bien sec. Et au jeu des sept familles, la père de la jeune fille tient lui aussi à se faire plaisir. Même si cela doit passer par la destruction d’autrui. Faut bien avoir l’impression d’exister de temps en temps tout de même. En tout cas, à Roctone, sous cette chaleur moite qui plombe l’été, seul Monk Reubens, le flic de service n’a pas pété un câble. Tout ce qu’il veut lui, c’est rejoindre sa petite femme. A croire que le monde devient fou. //Benoit

 

"Aucune bête aussi féroce" de Edward Bunker (Rivages/Noir)

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L'écrivain américain Edward Bunker est un homme qui a vécu: sa littérature se fonde en grande partie sur son passé de criminel et de prisonnier. Sa connaissance de l'univers carcéral et du monde du crime font toute la puissance de ce roman noir. D'autant que l'écriture de Bunker est à l'image de l'oeil vif du voleur expérimenté: rien ne lui échappe, chaque mot, chaque détail a son importance et apporte poids et vérité au récit qui se construit en fascinant le lecteur. Loin d'être une apologie du crime, "Aucune bête aussi féroce" est la vision tristement réaliste d'un homme que la prison a tellement déformé qu'il ne peut plus rentrer dans le moule que lui impose la société. Il s'agit bien sûr d'une position très subjective mais l'intensité de l'histoire, celle d'un ancien détenu qui tente de retrouver une vie "normale" avant de finalement replonger dans le vol à main armé, est d'une justesse rare. On comprend dès lors que James Ellroy (auteur entre autres du fameux L.A Confidential) considère ce livre comme "le grand roman des bas-fonds de Los Angeles". Signalons aussi que Bunker est un des écrivains préférés de Tarantino qui lui a offert le rôle de Mr. Blue dans Reservoir Dogs.//Nico.

"La bête contre les murs" de Edward Bunker (Rivages/Noir)

Le deuxième volet de la trilogie entamée par Bunker avec Aucune bête aussi féroce. Là tout se passe en prison. Dans une prison que l'auteur connaît bien puisqu'il l'a fréquentée: celle de San Quentin près de San Francisco. L'histoire est celle de l'amitié qui va naître entre un vieux taulard philosophe, Earl Copen, et Ronald Decker, jeune gars qui vient d'arriver derrière les barreaux. On retrouve la précision extrême de Bunker et son talent d'écriture qui rendent ce livre palpitant du début à la fin. La plongée dans cet univers caracéral impitoyable est aussi l'occasion d'une réflexion très interessante et souvent très juste sur notre société et la façon dont elle traite les criminels. //Nico.

"La bête au ventre" de Edward Bunker (Rivages/Noir)

Troisième volet de la trilogie sur le monde carcéral de Bunker. Il s'agit d'un sacré pavé qui s'attache à l'histoire d'un jeune gamin, Alex, né sous une mauvaise étoile, intelligent mais déjà fatigué de l'autorité à force de fréquenter foyers d'adoption, écoles militaires et pensionnats. Il devient un criminel en herbe et va connaître toutes les formes de répression. Il s'agit donc d'une analyse implacable de la façon dont la société "fabrique" ses criminels. Encore un livre de Bunker qui fait réfléchir...Ne manquez pas non plus Des hommes de proie son quatrième roman, tout aussi bon que les précédents.//Nico.

"Crabe" de Marc Behm (Rivages/Noir)

Ce livre est vraiment très drôle. D'abord deux mots sur l'auteur pour vous situer un peu l'état d'esprit général: Marc Behm est un ancien GI américain retiré en France où il s'est marié à une infirmière et a fondé une famille "très très" nombreuse..Il faut ajouter que le gars doit être sérieusement fêlé pour écrire des bouquins comme ça. Il a tout de même été le co-auteur du film "Fenêtre sur Cour" réalisé par Hitchcock. L'histoire est assez difficile à raconter. Tout est centré autour du personnage de Lucy, une démon (démone?) alcoolo, nymphomane et plus ou moins immortelle (bien qu'elle redoute l'eau bénite) dont le job est de collecter les âmes de damnés qu'elle reconnaît grâce au halo qui illumine leurs têtes. Un jour Lucy perçoit d'insistantes vibrations maléfiques et pour régler cette affaire exceptionnelle doit se rendre à Paris! Là elle va faire beaucoup de rencontres bizarres et par le biais d'un flashback de quelques milliers d'années, on comprend que Lucceia (un des autres noms de Lucy) avait eu affaire dans le passé avec Hannibal et ses éléphants et qu'il est maintenant de retour dans son présent sous la forme d'un monstre multi-pouvoirs (le "crabe") pour l'éliminer. Au bout du compte cette histoire mêle habilement une intrigue de type roman noir avec des références fantastiques, militaires, historiques, le tout dans un délire proche du total non sense. Bref, c'est pas du Marcel Proust mais ça se lit très bien (y compris dans les transports en commun) et c'est marrant. Alors j'en redemande!//Nico.

"Tout un roman!" de Marc Behm (Rivages/Noir)

Il est absolument impossible de raconter l'histoire de ce roman qui s'assimile à un délire complet de la première page à la dernière. Marc Behm déploie avec une imagination sans limites les péripéties de son héros, un certain Fécunditatis qui en voulant percer le mystère de ses origines se retrouve pourchassé de toutes parts faisant des rencontres toujours plus loufoques et abracadabrantes. Un livre très agréable (le style est loin d'être mauvais) et surtout totalement divertissant.//Nico.

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